Pendant quarante ans, Andorre a vécu sur une réputation de paradis fiscal coupé du monde. Depuis 2015, le pays s’est doté d’un système d’imposition directe complet, applique l’échange automatique d’informations bancaires avec la France et a quitté toutes les listes noires de l’OCDE. La fiscalité andorrane reste pour autant l’une des plus douces d’Europe : un impôt sur le revenu plafonné à 10 %, un impôt sur les sociétés à 10 %, une TVA à 4,5 % et pas d’impôt sur la fortune ni de droits de succession significatifs.
Ce guide expose le cadre fiscal réel d’Andorre en 2026 : ce qui est taxé, à quel taux, pour qui, avec quelles conditions de résidence et quels pièges à éviter pour un Français qui s’y projette. La réforme de janvier 2026 a relevé l’investissement minimal pour la résidence passive, et la convention fiscale entre la France et la Principauté reste la pièce centrale du dossier.
Conditions de résidence, fiscalité comparée et risques côté français, sans engagement.
La fiscalité andorrane en 2026 : ce que dit vraiment la loi
Avant 2010, Andorre ne percevait quasiment aucun impôt direct. Le pays vivait sur la TVA, les douanes et le secteur bancaire. Tout a changé en moins de dix ans, sous la pression de l’Union européenne et de l’OCDE. Comprendre ce changement est le point de départ pour évaluer ce que la Principauté offre encore aujourd’hui.
Une fiscalité réformée depuis 2015, plus un paradis offshore
L’impôt sur les sociétés a été introduit en 2012 au taux de 10 %, l’IGI (la TVA andorrane) en 2013 à 4,5 %, puis l’IRPF, soit l’impôt sur le revenu des personnes physiques, en 2015 avec un barème progressif culminant à 10 %. Depuis 2017, Andorre applique le CRS, le standard d’échange automatique d’informations bancaires entre administrations fiscales. Un compte ouvert dans une banque andorrane par un résident français est donc signalé chaque année au fisc français.
Conséquence directe : la Principauté n’est plus inscrite sur les listes noires européennes depuis 2018, et l’argumentaire de discrétion qui faisait sa renommée n’a plus cours. Ce qui reste, ce sont des taux réellement bas et un cadre juridique stable, mais visible.
Les quatre piliers fiscaux à connaître
Quatre impôts structurent la fiscalité andorrane et expliquent à eux seuls la majorité des avantages fiscaux d’Andorre pour un Français. L’IRPF pour les particuliers résidents, plafonné à 10 %. L’impôt sur les sociétés à 10 %. L’IGI à 4,5 % en taux général. Et l’absence pure et simple d’impôt sur la fortune et de droits de succession en ligne directe.
Comparé à la France où la tranche marginale d’imposition (le taux qui s’applique à la dernière tranche de vos revenus) atteint 45 % au-delà de 168 994 €, l’écart se compte en dizaines de points. Le pays se situe néanmoins sur la même ligne que d’autres juridictions européennes attractives comme la Suisse ou le Portugal, ce qui en fait l’une des destinations classiques pour qui étudie les pays à faible fiscalité en Europe.
L’IRPF : l’impôt sur le revenu des résidents andorrans
L’IRPF est l’équivalent andorran de notre impôt sur le revenu. Il s’applique aux résidents fiscaux sur leurs revenus mondiaux, c’est-à-dire l’ensemble de leurs revenus quelle qu’en soit la source géographique, sous réserve des conventions internationales pour éviter la double imposition.
Le barème 2026 et les abattements
Le barème compte seulement trois tranches et reste inchangé pour 2026. Il s’applique aux revenus de l’année précédente, déclarés entre le 1er avril et le 30 septembre auprès du Departament de Tributs i de Fronteres.
| Tranche de revenus | Taux IRPF | Comparaison France (TMI) |
|---|---|---|
| 0 à 24 000 € | 0 % | 11 % dès 11 498 € |
| 24 001 à 40 000 € | 5 % | 30 % dès 29 316 € |
| Au-delà de 40 000 € | 10 % | 41 % à 45 % > 83 824 € |
S’y ajoute un abattement de 3 000 € par foyer, plus 750 € par enfant à charge. Un salarié résident andorran percevant 35 000 € par an paie donc 5 % uniquement sur la tranche entre 24 000 et 35 000 €, soit autour de 550 € d’impôt sur l’année. Le même revenu en France, après application du quotient familial pour un célibataire sans enfant, entraîne plus de 3 200 € d’impôt.
Ce que l’IRPF taxe et ce qu’il ne taxe pas
L’IRPF taxe les revenus du travail (salaires, indemnités), les revenus d’activité indépendante, les revenus immobiliers et la majorité des revenus du capital. Les premiers 3 000 € de revenus de l’épargne sont exonérés, autrement dit annulés purement, avant application du taux. Au-delà, les intérêts et plus-values mobilières basculent dans la base spéciale à 10 %.
Un Français travaillant en Andorre mais conservant son domicile en France n’est pas soumis à l’IRPF. Il relève de l’IRNR, l’impôt sur les revenus des non-résidents, prélevé à un taux fixe de 10 % sur le salaire andorran, sans abattement.
Le cas des dividendes et plus-values
Les dividendes versés par une société andorrane à un actionnaire résident fiscal andorran sont exonérés d’IRPF. C’est le mécanisme central qui rend la Principauté intéressante pour un dirigeant : la société paie ses 10 % d’IS, puis le bénéfice distribué arrive sans deuxième couche d’imposition. En France, ce même bénéfice subirait 25 % d’IS puis 30 % de flat tax sur la distribution, soit une charge cumulée proche de 47 %.
Les plus-values immobilières font l’objet d’un impôt distinct, dégressif selon la durée de détention : 15 % la première année, puis baisse jusqu’à 0 % au-delà de dix ans. Les plus-values sur titres entrent quant à elles dans la base de l’IRPF aux 10 % du taux maximal.
Impôt sur les sociétés et IGI : la fiscalité des entreprises
Le couple IS-IGI explique l’essentiel de l’attrait andorran pour les entrepreneurs. Les deux taux sont parmi les plus bas d’Europe, mais s’accompagnent d’obligations concrètes qu’il faut intégrer avant toute décision de structuration.
L’IS à 10 %, cœur de l’attractivité entrepreneuriale
L’impôt sur les sociétés andorran est plafonné à 10 % du bénéfice imposable, contre 25 % en France. Le calcul de l’assiette suit des règles proches du droit français : déduction des charges, amortissements, report des déficits. Certaines activités, notamment la détention de participations dans des sociétés étrangères, peuvent bénéficier d’exonérations ciblées, ce qui rend la holding andorrane intéressante pour structurer un patrimoine d’entreprise.
La contrepartie n’est pas anodine. La société doit disposer d’une substance économique réelle en Andorre : bureaux, salariés ou dirigeants présents, comptabilité tenue sur place. Le simple fait d’ouvrir une société en Andorre depuis l’étranger sans s’y installer expose à une requalification par le fisc français au titre de l’article 209 B du CGI sur les sociétés étrangères contrôlées.
L’IGI à 4,5 %, la TVA andorrane
L’IGI est l’Impost General Indirecte, soit l’impôt général indirect. Calqué sur la TVA européenne dans sa logique de neutralité et de déduction, il s’applique aux ventes de biens et services réalisées sur le territoire andorran. Le taux général de 4,5 % est nettement inférieur à la TVA française à 20 % ou espagnole à 21 %, ce qui pèse mécaniquement sur la compétitivité prix des commerces locaux.
Quatre taux dérogatoires existent : 0 % sur la santé, l’éducation et le logement social ; 1 % sur l’alimentation et l’eau ; 2,5 % sur les transports et la culture ; 9,5 % sur les services bancaires et financiers. Ce dernier taux corrige partiellement l’effet d’aubaine que représenterait une banque taxée à 4,5 %. La déclaration suit le rythme classique des entreprises : mensuelle, trimestrielle ou semestrielle selon le chiffre d’affaires. Le détail des assujettissements est traité dans la page dédiée à la TVA andorrane.
Dividendes versés au dirigeant : l’exonération clé
Pour un entrepreneur résident fiscal andorran percevant des dividendes de sa propre société andorrane, le calcul est simple : la société paie 10 % d’IS sur son bénéfice, le solde est distribué sans imposition supplémentaire au niveau du dirigeant. La pression fiscale globale sur 100 000 € de bénéfice tourne autour de 10 000 €, contre près de 47 000 € pour un schéma équivalent en France après IS et flat tax. Cet écart explique à lui seul pourquoi des dirigeants en cession ou des indépendants à hauts revenus étudient sérieusement la Principauté.
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Patrimoine, succession et immobilier : ce qui change pour le résident
Au-delà des taux courants, c’est l’absence de plusieurs impôts français lourds qui transforme la situation patrimoniale d’un résident andorran. Cette dimension est souvent sous-estimée par les Français qui se concentrent sur l’IRPF.
Pas d’impôt sur la fortune, pas de droits de succession significatifs
Andorre n’applique aucun impôt sur la fortune immobilière, là où la France prélève entre 0,5 % et 1,5 % par an au-delà de 1,3 million d’euros de patrimoine immobilier net. Sur un patrimoine de 5 millions, l’IFI français représente environ 35 000 € par an, prélevés sur le revenu après impôt sur le revenu déjà payé.
Les actifs situés en Andorre transmis à un descendant direct ne supportent aucun droit de succession. En France, la transmission d’un patrimoine de 1,5 million d’euros à deux enfants génère plus de 200 000 € de droits après abattement, malgré le pacte Dutreil et l’assurance-vie.
Achat immobilier : ITP et plus-values
L’achat d’un bien immobilier en Andorre déclenche l’ITP, l’impôt sur le transfert de propriété, équivalent simplifié de nos droits de mutation. Son taux est de 4 %, dont 1 % perçu par l’État et 3 % par la commune (paròquia) où se situe le bien. À comparer aux droits français de l’ordre de 5,80 % sur l’ancien.
Côté revente, l’impôt sur les plus-values immobilières est dégressif et tombe à zéro après dix ans de détention, contre une exonération totale en France après vingt-deux ans seulement. Le marché reste néanmoins tendu : l’offre est limitée par la géographie, les prix sont en hausse continue et l’achat par un non-résident requiert une autorisation préalable. Tout est détaillé dans la page immobilier en Andorre.
Devenir résident fiscal andorran : conditions et pièges
Le passage de la curiosité à l’installation effective est l’étape où la majorité des projets échouent ou se font requalifier. Trois confusions reviennent dans les contentieux : la résidence administrative prise pour la résidence fiscale, la résidence passive choisie sans en mesurer le coût, et l’oubli des obligations françaises au moment du départ.
Résidence administrative et résidence fiscale, deux notions distinctes
La résidence administrative est délivrée par le service d’immigration andorran. Elle autorise à séjourner et travailler. La résidence fiscale, elle, est l’État qui peut imposer l’ensemble de vos revenus mondiaux. En Andorre, le seuil légal est de 183 jours de présence par année civile, ou la localisation du centre d’intérêts économiques principal sur le territoire.
Détenir une carte de résident andorran sans atteindre ces critères ne suffit pas à basculer fiscalement. En cas de double rattachement, la convention bilatérale tranche selon une cascade de critères : foyer permanent d’habitation, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité. La résidence fiscale française reste donc la valeur par défaut tant que le déménagement n’est pas effectif et documenté. Les conditions précises sont détaillées dans le guide des conditions de résidence en Andorre.
Résidence active ou passive après la réforme janvier 2026
La réforme entrée en vigueur en janvier 2026, dite Loi Omnibus 2, a durci les conditions de la résidence passive. Le choix entre les deux statuts dépend désormais autant du projet que de la capacité d’investissement.
- Pour ceux qui travaillent ou créent une société sur place
- Affiliation à la CASS, la sécurité sociale andorrane
- Présence effective requise sur le territoire
- Substance économique réelle obligatoire
- 90 jours de présence minimum par an
- Investissement de 1 000 000 € en actifs andorrans
- Dépôt de 50 000 € à l’AFA, plus 12 000 € par personne à charge
- Pas d’activité économique locale autorisée
L’option à 400 000 € reste possible via le Fonds du logement, dispositif récent destiné à orienter les investisseurs vers la construction de résidences locatives. Le parcours détaillé est traité dans la page devenir résident fiscal andorran.
Exit tax française et convention France-Andorre
L’exit tax, prévue à l’article 167 bis du CGI, taxe les plus-values latentes (la valorisation non encore vendue) sur les titres détenus au moment du départ. Elle se déclenche si vous avez été résident fiscal français pendant six ans sur les dix précédentes, avec plus de 800 000 € de titres ou plus de 50 % d’une société. Le sursis de paiement existe vers les pays ayant signé une convention d’assistance fiscale, ce qui inclut Andorre, mais il suppose le dépôt du formulaire 2074-ETD à la déclaration de revenus de l’année de départ.
La convention fiscale entre les deux pays a été signée le 2 avril 2013 et est entrée en vigueur le 1er juillet 2015. Elle prévoit un crédit d’impôt (imputation sur l’impôt déjà payé dans l’autre État pour éviter la double peine) sur les revenus de source française perçus par un résident andorran. Les pensions de retraite du régime général français restent imposables en France, mais ne sont taxées qu’une seule fois grâce à ce mécanisme. Le compte bancaire andorran doit, lui, être déclaré chaque année au fisc français via le formulaire 3916 tant que la résidence fiscale française est maintenue.
Conserver des attaches économiques en France (société active, mandats sociaux, clientèle française dominante) permet au fisc français de revendiquer la résidence malgré la carte andorrane. Confondre jours de présence physique et jours documentés (sans billets, factures, baux) fragilise le dossier en cas de contrôle. Oublier le formulaire 3916 ou la déclaration d’exit tax expose à des amendes de 1 500 € par compte non déclaré, voire à un redressement intégral.
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Questions fréquentes
Andorre est-elle encore un paradis fiscal en 2026 ?
Au sens classique du terme, non. La Principauté applique l’échange automatique d’informations bancaires depuis 2017, n’est plus sur aucune liste noire OCDE ou européenne et impose ses résidents via un IRPF progressif jusqu’à 10 %. Au sens d’une juridiction à fiscalité douce, oui, elle reste l’une des plus compétitives d’Europe avec son IS à 10 %, son IGI à 4,5 % et l’absence d’impôt sur la fortune.
Combien faut-il investir pour obtenir la résidence passive en 2026 ?
Depuis la réforme de janvier 2026, le ticket d’entrée est de 1 000 000 € investi en actifs andorrans (immobilier, parts de société, instruments financiers locaux), ou 400 000 € via le Fonds du logement. À cela s’ajoute un dépôt obligatoire de 50 000 € auprès de l’Autorité financière andorrane (AFA) pour le titulaire principal, plus 12 000 € par personne à charge. Le titulaire doit ensuite passer au moins 90 jours par an dans la Principauté.
Un retraité français installé en Andorre paie-t-il en France ou en Andorre ?
La convention fiscale de 2013 attribue l’imposition des pensions du régime général français à la France. Le retraité déclare donc sa pension en France et y paie l’impôt correspondant. Cette même pension est ensuite reportée dans la déclaration IRPF andorrane, qui applique un crédit d’impôt pour le montant déjà payé. Le solde, si l’IRPF andorran est plus élevé, reste dû en Andorre, mais en pratique le taux français suffit le plus souvent à effacer l’impôt local.
Faut-il déclarer son compte bancaire andorran au fisc français ?
Oui, tant que vous êtes résident fiscal français. La déclaration se fait chaque année via le formulaire 3916, joint à la déclaration de revenus. Le défaut de déclaration expose à une amende de 1 500 € par compte, portée à 10 000 € si le compte est situé dans un État sans accord d’assistance, ce qui n’est plus le cas d’Andorre depuis 2015. Une fois résident fiscal andorran, l’obligation tombe.
L’IFI s’applique-t-il à un résident andorran propriétaire en France ?
Oui. L’IFI, l’impôt sur la fortune immobilière, frappe les biens immobiliers situés en France quel que soit le pays de résidence fiscale du propriétaire, dès lors que le patrimoine immobilier net français dépasse 1,3 million d’euros. Un résident andorran possédant un bien parisien de 2 millions d’euros reste donc redevable de l’IFI sur ce bien. Seuls les actifs immobiliers situés à Andorre sont exonérés de cet impôt.
Les informations présentées sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé. Consultez un professionnel avant tout projet d’expatriation ou d’investissement.