Le choix entre l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés ne se joue pas sur un taux. Il se joue sur deux questions : qui paie l’impôt, et à quel moment. À l’IR, le bénéfice est imposé chez le dirigeant dès qu’il est réalisé, prélevé ou non. À l’IS, la société paie d’abord, et le dirigeant n’est imposé que sur ce qu’il sort réellement.
Cette différence de mécanique produit des écarts de plusieurs milliers d’euros à bénéfice identique. Elle décide aussi du sort des déficits, de la déductibilité de votre rémunération et du montant de vos cotisations. Voici les taux applicables en 2026, le seuil à partir duquel l’IS prend l’avantage, et ce que coûte un changement d’avis.
Ce que le choix entre IS et IR change réellement
Les deux régimes ne se distinguent pas seulement par leur taux. Ils désignent un contribuable différent et déclenchent l’impôt à un moment différent. Ces deux points commandent tout le reste, y compris les autres leviers de défiscalisation à l’impôt sur les sociétés.
À l’IR, un bénéfice de 50 000 € est imposé chez vous en entier, même si vous n’en avez prélevé que 20 000 € pour vivre. À l’IS, cette rémunération de 20 000 € se déduit du résultat : la société paie son impôt sur 30 000 €, et vous déclarez les 20 000 € comme un salaire.
À l’IR, la société est transparente et vous payez à sa place
La transparence fiscale signifie que la structure ne paie aucun impôt sur son bénéfice. Le résultat est réparti entre les associés au prorata de leurs parts, puis ajouté à leurs autres revenus. Chacun le déclare dans sa catégorie : bénéfices industriels et commerciaux, bénéfices non commerciaux ou bénéfices agricoles.
L’imposition intervient que l’argent soit prélevé ou non. Un associé qui laisse sa part en trésorerie pour financer un stock paie pourtant l’impôt dessus. Le taux appliqué est celui de sa TMI, la tranche marginale d’imposition, c’est-à-dire le taux qui frappe le dernier euro gagné par le foyer.
Deuxième conséquence, souvent découverte trop tard : la rémunération que s’octroie le dirigeant n’est pas une charge déductible. Elle fait partie du bénéfice et se retrouve imposée à ce titre. Se verser davantage ne baisse donc en rien la base imposable.
À l’IS, la société devient un contribuable à part entière
La société calcule son propre résultat, paie son propre impôt et conserve ce qui reste. On parle d’opacité fiscale : l’entreprise et l’associé forment deux contribuables distincts. Le bénéfice mis en réserve n’apparaît nulle part dans la déclaration personnelle du dirigeant.
La rémunération du dirigeant change alors de nature. Elle devient une charge déductible du résultat, au même titre qu’un loyer. Verser 40 000 € de salaire à son président fait mécaniquement baisser de 40 000 € la base imposable de la société.
La contrepartie porte le nom de double imposition. Le bénéfice supporte l’IS, puis la part distribuée en dividendes, c’est-à-dire le reliquat versé aux associés après impôt, subit une seconde taxation entre leurs mains.
Le régime par défaut dépend de votre forme juridique
Relèvent de l’IR sans aucune démarche : l’entreprise individuelle, la micro-entreprise, l’EURL dont l’associé unique est une personne physique, la société en nom collectif et la société civile. L’impôt suit la personne, pas la structure.
Basculent à l’IS de plein droit : la SAS, la SASU, la SARL à plusieurs associés, la SA et la SELARL. Une EURL détenue par une société tombe dans la même catégorie. Les règles propres à chaque statut sont détaillées côté fiscalité de la SASU et fiscalité de l’EURL.
Ce régime par défaut n’a rien de définitif. Depuis 2022, l’article 1655 sexies du CGI ouvre même l’IS à l’entreprise individuelle, traitée fiscalement comme une EURL. Les conditions d’exercice de ces options sont détaillées plus bas.
Les taux en présence en 2026
Deux logiques s’opposent : un barème qui monte par paliers et un impôt à taux fixe. Les comparer suppose de regarder aussi la sortie, c’est-à-dire ce qui se passe quand l’argent quitte la société.
Le barème progressif, de 0 à 45 %
Le barème applicable en 2026 aux revenus 2025 compte cinq tranches, revalorisées de 0,9 % par la loi de finances. Jusqu’à 11 600 € par part, aucun impôt. De 11 601 à 29 579 €, 11 %. De 29 580 à 84 577 €, 30 %. De 84 578 à 181 917 €, 41 %. Au-delà, 45 %.
Ces taux ne frappent jamais la totalité du revenu. Seule la fraction comprise dans chaque tranche subit le taux correspondant. Un célibataire déclarant 60 000 € affiche une TMI de 30 %, alors que son impôt réel représente 18,5 % de son revenu.
Le barème s’applique après division par le nombre de parts du foyer. Un dirigeant marié avec deux enfants dispose de trois parts, ce qui écrase la progressivité. Pour une personne seule, une contribution exceptionnelle de 3 % s’ajoute sur la fraction de revenu fiscal de référence comprise entre 250 000 et 500 000 €, puis de 4 % au-delà.
L’impôt sur les sociétés, 15 % puis 25 %
Le taux normal de l’impôt sur les sociétés s’établit à 25 %. Un taux réduit de 15 % s’applique à la première tranche de bénéfice, limitée à 42 500 € par exercice de douze mois. Au-delà, le taux normal reprend la main.
Trois conditions cumulatives ouvrent ce taux réduit : un chiffre d’affaires hors taxes inférieur à 10 millions d’euros, un capital social entièrement libéré à la clôture, et une détention à 75 % au moins par des personnes physiques ou par une société remplissant elle-même ce critère.
Un amendement au budget 2026 proposait de porter cette première tranche à 100 000 €. Il n’a pas survécu à la navette parlementaire. Le plafond reste donc fixé à 42 500 €, ce qui limite l’économie offerte par le taux réduit à 4 250 € par exercice.
Le coût de sortie : la flat tax à 31,4 %
Depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique, souvent appelé flat tax, atteint 31,4 %. Il additionne 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. La hausse de 1,4 point provient de la contribution financière pour l’autonomie créée par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.
Le calcul complet révèle le vrai coût de l’IS pour un euro sorti en dividende. Sur 100 € de bénéfice taxé à 25 %, il reste 75 €, puis 51,45 € une fois la flat tax appliquée. Le prélèvement total atteint 48,6 %. Au taux réduit de 15 %, il tombe à 41,7 %.
Une option globale pour le barème progressif reste ouverte. Elle donne droit à un abattement de 40 % sur les dividendes, mais s’applique à l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers du foyer. Son intérêt se limite aux foyers dont la TMI ne dépasse pas 11 %.
| Critère | Impôt sur le revenu | Impôt sur les sociétés |
|---|---|---|
| Qui est imposé | L’associé, sur sa part | La société, sur son résultat |
| Taux 2026 | Barème de 0 à 45 % | 15 % puis 25 % |
| Bénéfice laissé en caisse | Imposé quand même | Non imposé chez l’associé |
| Rémunération du dirigeant | Non déductible | Déductible du résultat |
| Dividendes | Sans objet | Flat tax de 31,4 % |
| Déficit | Imputable sur le revenu global | Reportable sur les bénéfices futurs |
Ce tableau pose les règles du jeu. Il ne dit pas encore à partir de quel montant l’un devient moins coûteux que l’autre, ce qui dépend entièrement de votre situation personnelle.
Un conseiller vous rappelle et calcule le gain sur votre situation.
À partir de quel bénéfice l’IS devient-il gagnant ?
La réponse tient dans une comparaison entre deux taux moyens : celui que le barème vous applique réellement et celui que la société supporterait. Les exemples qui suivent retiennent un dirigeant célibataire, une part de quotient familial, sans autre revenu.
Comparez un taux moyen, pas un taux affiché
Annoncer une TMI de 30 % ne signifie pas payer 30 % d’impôt. Sur 60 000 € de bénéfice, le barème 2026 produit 11 104 € d’impôt, soit un taux moyen de 18,5 %. Les premières tranches, exonérées ou taxées à 11 %, tirent la moyenne vers le bas.
L’IS obéit à la même mécanique de paliers. Sur ces mêmes 60 000 €, il prélève 15 % sur les 42 500 premiers euros puis 25 % sur les 17 500 restants, soit 10 750 € au total. Le taux moyen s’établit à 17,9 %.
L’écart se limite à 354 €, moins de 0,6 point. À ce niveau de bénéfice, le choix ne se joue pas sur l’impôt payé par la société, mais sur ce que le dirigeant compte faire de l’argent.
Deux exemples chiffrés, à 60 000 € puis 120 000 €
Premier cas, 60 000 € de bénéfice entièrement prélevé. À l’IR, la facture s’arrête à 11 104 €. À l’IS suivi d’une distribution intégrale, la société paie 10 750 €, puis les 49 250 € restants subissent la flat tax, soit 15 465 €. Le total grimpe à 26 215 €.
Deuxième cas, 120 000 € de bénéfice conservé dans l’entreprise pour financer sa croissance. Le barème réclame 33 001 €, contre 25 750 € à l’IS. L’écart atteint 7 250 € en faveur de la société, et il se reproduit chaque année.
La règle qui s’en dégage est stable. Si tout ressort en dividendes, l’IR reste souvent moins cher. Si le bénéfice reste investi, l’IS l’emporte dès que le foyer atteint la tranche à 30 %.
- Déficit imputable sur le revenu global du foyer
- Aucune double imposition à la sortie
- Impôt nul si le foyer n’est pas imposable
- Bénéfice imposé même s’il reste en caisse
- Rémunération du dirigeant non déductible
- Taux plafonné à 25 %, 15 % sur la première tranche
- Seul l’argent réellement prélevé vous est imposé
- Rémunération du dirigeant déductible
- Flat tax de 31,4 % sur les dividendes
- Option très difficilement réversible
Ce match reste incomplet tant qu’un troisième joueur n’entre pas dans le calcul, et c’est souvent le plus coûteux des trois.
Le paramètre que tout le monde oublie : les cotisations sociales
À l’IR, les cotisations du travailleur non salarié se calculent sur la totalité du bénéfice, prélevé ou non. Un exploitant qui réinvestit 40 000 € cotise malgré tout dessus. C’est le coût caché du régime, et il pèse souvent plus lourd que l’impôt lui-même.
À l’IS, seule la rémunération entre dans l’assiette des cotisations. Les dividendes y échappent, sauf pour le gérant majoritaire de SARL et l’associé unique d’EURL. Pour eux, la fraction dépassant 10 % du capital social, des primes d’émission et du compte courant d’associé rejoint cette assiette.
L’effet est brutal sur les sociétés au capital symbolique. Une EURL constituée avec 1 000 € de capital voit ce seuil fixé à 100 €. Presque tout le dividende bascule alors dans le calcul des cotisations. Le président de SASU y échappe, ce qui nourrit l’arbitrage entre se verser une rémunération ou des dividendes.
Les situations où l’IR garde l’avantage
Passer à l’IS n’est pas un progrès automatique. Deux situations le rendent clairement perdant, et elles concernent une part importante des entreprises en création.
Les premiers exercices déficitaires
Un déficit, c’est-à-dire un exercice où les charges dépassent les recettes, n’a pas la même valeur selon le régime. À l’IR, un déficit professionnel s’impute sur le revenu global du foyer. L’excédent se reporte sur les six années suivantes.
Pour un créateur dont le conjoint perçoit un salaire, l’économie tombe immédiatement : la perte de l’entreprise efface une partie de l’impôt du couple. Un déficit de 20 000 € dans un foyer imposé à 30 % vaut 6 000 € d’impôt en moins.
À l’IS, la perte reste enfermée dans la société. Elle se reporte sans limite de durée, mais son imputation annuelle est plafonnée à 1 million d’euros, majoré de la moitié de la fraction du bénéfice au-delà. Le gain n’arrive donc qu’avec les premiers bénéfices.
La SARL de famille, seule option IR sans limite de durée
L’option pour l’IR ouverte aux SAS et SARL par l’article 239 bis AB du CGI s’éteint au bout de cinq exercices. Elle exige une société de moins de cinq ans, moins de 50 salariés, un chiffre d’affaires ou un bilan sous 10 millions d’euros, et une détention à 50 % par des personnes physiques dont 34 % par les dirigeants.
La SARL de famille échappe à cette limite de durée. L’article 239 bis AA réserve ce statut aux sociétés dont tous les associés appartiennent à la même famille : ascendants et descendants en ligne directe, frères et sœurs, conjoints et partenaires de PACS.
L’activité doit être industrielle, commerciale, artisanale ou agricole. Les professions libérales en sont exclues. Ce montage sert surtout à exploiter une location meublée à plusieurs sans basculer à l’IS, ce qui préserve le régime des plus-values des particuliers.
Tant que votre foyer plafonne dans la tranche à 11 %, l’IR coûte moins cher que l’IS, dont le premier taux est de 15 %. Dès l’entrée dans la tranche à 30 %, soit au-delà de 29 579 € de revenu imposable par part, l’IS reprend l’avantage sur le bénéfice que vous laissez dans l’entreprise.
Cette règle donne une direction, pas une décision. Encore faut-il savoir comment s’exerce l’option, et surtout ce qu’il en coûte de vouloir en sortir.
Exercer l’option sans se fermer la porte
Le choix se matérialise par une simple notification au service des impôts. La facilité de l’aller contraste avec la difficulté du retour, et ce déséquilibre mérite d’être mesuré avant de signer.
Les délais et la forme de la notification
Une société de personnes qui veut passer à l’IS notifie son choix au service des impôts dont elle dépend. Le délai court jusqu’à la fin du troisième mois de l’exercice au titre duquel l’option s’applique. Aucun formulaire type n’est imposé, mais la dénomination, l’adresse et la répartition du capital doivent y figurer.
L’entrepreneur individuel suit la même règle, avec une nuance utile : le service lui délivre un récépissé. Son entreprise est alors assimilée à une EURL pour le calcul de l’impôt, sans changer de forme juridique ni créer de personne morale.
L’option inverse, d’une société de capitaux vers l’IR, suppose l’accord unanime des associés et une notification dans les trois premiers mois du premier exercice concerné. La déclaration de résultat change ensuite de numéro : le 2065-SD à l’IS, les liasses 2031 ou 2035 à l’IR.
Revenir en arrière, deux fenêtres très différentes
Depuis la loi de finances pour 2019, l’option pour l’IS n’est plus irrévocable d’emblée. La renonciation reste possible jusqu’au cinquième exercice suivant celui de l’option, avant le dernier jour du mois précédant la date limite du premier acompte. Passé ce délai, le choix devient définitif.
Cette fenêtre ne s’ouvre qu’une fois. Une société qui renonce à l’IS perd définitivement le droit d’opter à nouveau. La décision mérite donc un calcul sur plusieurs exercices, pas sur le seul résultat de l’année écoulée.
L’option pour l’IR fonctionne à l’envers. Elle s’éteint d’elle-même au bout de cinq exercices et la société revient automatiquement à l’IS. Aucune démarche n’est nécessaire, aucune prolongation n’est possible.
Renoncer à l’IS ne se résume pas à cocher une autre case. Le changement de régime emporte en principe les conséquences fiscales d’une cessation d’entreprise : imposition immédiate des bénéfices en sursis, des plus-values latentes sur les biens détenus et des provisions devenues sans objet. L’atténuation prévue par le CGI suppose qu’aucune écriture comptable ne soit modifiée.
Un prévisionnel sur trois à cinq exercices, établi avant la notification, coûte infiniment moins cher que la sortie d’un régime mal choisi. Il gagne à intégrer les crédits d’impôt réservés aux entreprises, qui modifient parfois l’arbitrage.
Une erreur de régime ou de case coûte souvent plus cher que les honoraires qui l’auraient évitée.
Questions fréquentes
À partir de quel bénéfice l’IS devient-il intéressant ?
Aucun seuil universel n’existe, car le point de bascule dépend de la TMI du foyer et non du seul bénéfice. La règle pratique reste simple : tant que le foyer plafonne à 11 %, l’IR coûte moins que les 15 % du taux réduit. Dès la tranche à 30 %, l’IS reprend l’avantage sur le bénéfice réinvesti.
Une SASU peut-elle être imposée à l’IR ?
Oui, pendant cinq exercices au maximum, sur le fondement de l’article 239 bis AB du CGI. La société doit avoir moins de cinq ans, employer moins de 50 salariés et rester sous 10 millions d’euros de chiffre d’affaires ou de bilan. Le président doit détenir au moins 34 % du capital. Au terme des cinq ans, le retour à l’IS est automatique.
Un auto-entrepreneur peut-il choisir l’IS ?
Pas en conservant le régime micro, qui est par nature un régime d’impôt sur le revenu à abattement forfaitaire. Opter pour l’IS via l’article 1655 sexies du CGI fait sortir du micro et impose une comptabilité complète. Le calcul vaut surtout à l’approche de 83 600 € de recettes en prestations de services, seuil du micro en 2026.
Peut-on revenir à l’IR après avoir opté pour l’IS ?
Oui, une seule fois et dans un délai contraint : jusqu’au cinquième exercice suivant celui de l’option. Au-delà, l’IS devient définitif. Le retour emporte en principe les conséquences d’une cessation d’entreprise, avec imposition immédiate des bénéfices en sursis et des plus-values latentes. Une société soumise à l’IS de plein droit, comme une SAS, ne dispose pas de cette faculté.
La rémunération du dirigeant est-elle déductible dans les deux régimes ?
Non, et c’est l’un des écarts les plus coûteux. À l’IR, ce que l’exploitant se verse reste une part du bénéfice imposable : la déduire reviendrait à se déduire de soi-même. À l’IS, elle constitue une charge qui diminue le résultat, puis se déclare comme un salaire après l’abattement de 10 % pour frais professionnels.
Les informations présentées sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé. Consultez un professionnel avant tout investissement.