Le barème de l’impôt sur le revenu fixe combien chaque part de votre salaire ou pension est ponctionnée par le fisc. Pour les revenus 2025 déclarés en 2026, la loi de finances n° 2026-103 du 19 février 2026 a reconduit les cinq tranches habituelles, de 0 % à 45 %, en les revalorisant de 0,9 % pour suivre l’inflation.
La mécanique paraît simple sur le papier. Elle cache trois subtilités qui changent tout. La progressivité par strates fait que chaque tranche ne taxe que la portion de revenu qui la concerne, jamais l’intégralité. Le plafonnement du quotient familial limite l’avantage des enfants à charge à un montant fixe par demi-part. La décote efface tout ou partie de l’impôt des foyers modestes. Beaucoup lisent leur TMI comme si tout leur revenu y était soumis, ce qui est l’erreur la plus fréquente sur l’impôt sur le revenu.
Cet article décompose le barème 2026 tranche par tranche, montre le calcul réel sur un exemple chiffré, et explique ce que la grille brute ne dit pas. La référence légale reste l’article 197 du Code général des impôts.
Barème 2026 appliqué automatiquement, décote et quotient familial inclus.
Le barème 2026 en vigueur : chiffres officiels
Le barème actuel s’applique aux revenus perçus en 2025 et déclarés au printemps 2026. Il a été fixé par la loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, qui a reconduit la structure en cinq tranches en revalorisant chaque seuil de 0,9 % pour neutraliser l’effet de l’inflation.
Les cinq tranches officielles pour 2026
Le barème est un barème progressif, c’est-à-dire un système où le revenu est découpé en tranches successives, chacune avec son propre taux d’imposition. Les seuils s’expriment toujours par part de quotient familial, jamais sur le revenu total du foyer.
| Tranche | Revenu net imposable (par part) | Taux |
|---|---|---|
| 1 | Jusqu’à 11 600 € | 0 % |
| 2 | De 11 601 € à 29 579 € | 11 % |
| 3 | De 29 580 € à 84 577 € | 30 % |
| 4 | De 84 578 € à 181 917 € | 41 % |
| 5 | Au-delà de 181 917 € | 45 % |
Ce que chaque tranche signifie en pratique
La première tranche à 0 % ne signifie pas « rien à payer ». Elle signifie que la portion de votre revenu située sous 11 600 € n’est pas imposée, peu importe combien vous gagnez ensuite. Un cadre à 100 000 € de revenu imposable garde aussi ses 11 600 premiers euros à zéro.
La tranche à 11 % concentre la majorité des foyers fiscaux français. Selon la DGFiP, plus de la moitié de la population française se situe dans cette tranche, même si une partie en est sortie par la décote ou par les crédits d’impôt. La tranche à 45 %, à l’inverse, ne concerne que 0,1 % des foyers, soit environ 61 000 ménages.
Pour visualiser comment ces tranches se traduisent en montant exact selon votre revenu, la grille de l’impôt sur le revenu détaille les cas-types par tranche et par situation familiale.
D’où viennent ces seuils ?
Le barème est révisé chaque année dans la loi de finances, c’est-à-dire la loi votée chaque fin d’année qui fixe les paramètres fiscaux de l’exercice suivant. L’article 4 de la LF 2026 a relevé les seuils de 0,9 %, un taux inférieur à l’inflation 2025 réelle mesurée par l’INSEE autour de 1,8 %. Cet écart crée une perte de pouvoir d’achat fiscal de fait pour les foyers dont les revenus suivent l’inflation.
Comment fonctionne la progressivité du barème
Le principe peut sembler contre-intuitif. Passer dans une tranche supérieure ne fait pas basculer l’intégralité de vos revenus dans le taux le plus élevé. Seule la fraction qui dépasse le seuil bascule. C’est ce qui rend le système soutenable et explique pourquoi un coup de pouce salarial reste toujours positif après impôt.
Le principe du « sandwich » : chaque part à son taux
Imaginez votre revenu comme un sandwich découpé en cinq strates horizontales. Chaque strate a son propre taux. La couche du bas reste libre d’impôt jusqu’à 11 600 €. La couche suivante, entre 11 600 € et 29 579 €, est ponctionnée à 11 %. La troisième, entre 29 579 € et 84 577 €, à 30 %. Et ainsi de suite. Le calcul additionne ensuite la contribution de chaque couche.
Cette mécanique s’appelle techniquement le barème progressif. Elle s’oppose à un taux unique, dit barème proportionnel, qui s’applique parfois aux revenus du capital sous forme de flat tax. Le but déclaré de la progressivité est de faire peser une charge proportionnellement plus lourde sur les revenus élevés. Le but réel, plus prosaïque, est de financer l’État sans casser l’incitation au travail des classes moyennes.
TMI et taux moyen : ne pas confondre
La TMI, ou tranche marginale d’imposition, est le taux qui s’applique seulement à votre dernier euro gagné, pas à votre revenu total. Si la part la plus haute de votre revenu atterrit dans la tranche à 30 %, votre TMI est de 30 %, même si l’essentiel de votre revenu reste taxé à 0 % ou 11 %.
Le taux moyen est très différent. Il représente la part réelle d’impôt sur l’ensemble de votre revenu. Pour un célibataire à 30 000 € de revenu imposable, la TMI est de 30 % mais le taux moyen tombe à 7,01 %. La différence se chiffre en milliers d’euros et change tout pour les décisions de défiscalisation. Le détail de la mécanique est exposé sur la page dédiée au taux marginal d’imposition (TMI).
La TMI sert à arbitrer une défiscalisation. Verser 1 000 € sur un PER avec une TMI à 30 % rapporte 300 € d’économie d’impôt, contre 110 € avec une TMI à 11 %. Le taux moyen, lui, sert seulement à comparer votre charge fiscale globale d’une année à l’autre.
Une autre confusion fréquente concerne le découpage des tranches de l’impôt sur le revenu et l’effet du quotient familial. Les seuils du barème ne s’appliquent pas au revenu brut du foyer, mais à un revenu déjà divisé par le nombre de parts.
Calcul concret de votre impôt étape par étape
Le calcul officiel suit toujours la même séquence : déterminer le revenu net imposable, le diviser par le nombre de parts, appliquer le barème, multiplier le résultat par le nombre de parts, puis corriger avec la décote et les éventuels crédits d’impôt.
Étape 1 : déterminer le revenu net imposable
Le revenu net imposable n’est ni votre salaire brut ni votre net en bas de bulletin. C’est le chiffre que le fisc retient après plusieurs soustractions : cotisations sociales déductibles, abattement forfaitaire de 10 % pour frais professionnels, pensions alimentaires versées, versements PER déductibles.
L’abattement de 10 %, c’est-à-dire une déduction forfaitaire censée couvrir les frais professionnels sans justificatif, est encadré par un plancher et un plafond. En 2026, il est compris entre 495 € minimum et 14 171 € maximum. Au-delà de 141 710 € de salaire annuel net imposable, le plafond est atteint et l’abattement n’augmente plus. L’option pour les frais réels devient rentable quand vos dépenses professionnelles documentées dépassent ce calcul forfaitaire.
Étape 2 : appliquer le barème par tranches
Prenons un cas concret. Lucie, célibataire sans enfant, déclare 30 000 € de revenu net imposable. Elle a une part fiscale. Le calcul se déroule strate par strate.
| Tranche | Revenu concerné | Calcul | Impôt |
|---|---|---|---|
| 0 % | 0 à 11 600 € | 11 600 × 0 % | 0 € |
| 11 % | 11 600 à 29 579 € | 17 979 × 11 % | 1 977,69 € |
| 30 % | 29 579 à 30 000 € | 421 × 30 % | 126,30 € |
| Impôt brut total | 2 103,99 € | ||
Son taux moyen ressort à 7,01 % alors que sa TMI affiche 30 %. Voilà toute la différence entre les deux notions. Le calcul détaillé de l’impôt sur le revenu reprend cette logique pour les couples, les familles avec enfants et les profils plus complexes.
Étape 3 : décote, plafonnement et corrections
La décote, c’est-à-dire une réduction automatique pour les contribuables modestes appliquée sans démarche, intervient si l’impôt brut reste sous 1 982 € pour un célibataire ou 3 277 € pour un couple. La formule retient un montant forfaitaire de 897 € (célibataire) ou 1 483 € (couple), diminué de 45,25 % de l’impôt brut.
Barème, décote et quotient familial en trois minutes.
Dans le cas de Lucie, l’impôt brut de 2 103,99 € dépasse le seuil célibataire de 1 982 €. La décote ne s’applique pas. Son impôt net final reste donc à 2 103,99 €, à moins qu’elle ne bénéficie de crédits d’impôt (emploi à domicile, don à une association, garde d’enfant) qui interviennent après la décote et peuvent rendre le solde négatif, donnant lieu à un remboursement.
Quotient familial et plafonnement à 1 807 €
Le quotient familial est le mécanisme qui adapte l’impôt à la composition du foyer. Plus le foyer compte de membres, plus le revenu est divisé avant d’entrer dans le barème, et plus la progressivité s’atténue. Son effet est puissant pour les hauts revenus et négligeable pour les bas revenus.
Comment le quotient familial réduit l’impôt
Le principe : votre revenu imposable est divisé par le nombre de parts du foyer (1 pour un célibataire, 2 pour un couple, +0,5 par enfant et +1 à partir du troisième). Le résultat passe dans le barème, puis l’impôt obtenu par part est remultiplié par le nombre de parts.
Sans ce mécanisme, un couple avec un revenu imposable de 60 000 € serait taxé comme un célibataire à 60 000 €, donc en pleine tranche à 30 %. Avec le quotient à 2 parts, chaque part est ramenée à 30 000 € et le calcul devient celui qu’on a vu pour Lucie, multiplié par deux. L’économie peut atteindre plusieurs milliers d’euros. La logique complète est détaillée sur la page quotient familial.
Le plafond par demi-part : 1 807 € en 2026
L’avantage tiré de chaque demi-part supplémentaire au-delà du foyer de base (1 part pour une personne seule, 2 parts pour un couple) est plafonné par l’article 197 du CGI. La loi de finances pour 2026 fixe ce plafond à 1 807 € par demi-part, soit 3 614 € par part entière, revalorisé de 0,9 % par rapport aux 1 791 € applicables en 2025.
Un couple avec deux enfants imagine souvent gagner « deux demi-parts pleines ». Faux dès que le revenu monte. Au-delà d’un certain seuil de revenu (autour de 78 000 € de revenu imposable pour un couple avec deux enfants), l’avantage par demi-part est ramené à 1 807 €, peu importe ce que le calcul brut aurait donné. C’est la première mauvaise surprise des cadres au moment de la déclaration.
Le plafonnement protège les recettes de l’État face à des situations où l’effet du quotient deviendrait massif. Il ne touche pas les foyers modestes, dont l’avantage réel reste sous 1 807 € par demi-part. Pour un cadre supérieur, en revanche, il rabote sensiblement l’impact d’un troisième enfant.
Quand le barème ne s’applique pas
Le barème progressif vaut pour les salaires, pensions, revenus fonciers nets et BIC ou BNC réels. Une partie importante des revenus du capital sort du barème pour basculer sur un régime forfaitaire. Et une surtaxe vient s’ajouter à l’impôt classique pour les très hauts revenus.
Capitaux mobiliers : la flat tax à 30 %
Depuis 2018, les revenus du capital (dividendes, intérêts, plus-values sur valeurs mobilières) relèvent par défaut du prélèvement forfaitaire unique, dit PFU ou flat tax, à 30 %. Ce taux global cumule 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Le PFU s’applique automatiquement, sauf option expresse pour le barème progressif lors de la déclaration.
L’option pour le barème devient intéressante quand votre TMI est de 0 % ou 11 %. Dans ce cas, le total impôt + prélèvements sociaux reste sous 30 %. Au-delà, le PFU est plus avantageux. L’option est globale et irrévocable pour l’année : elle vaut pour tous les revenus du capital du foyer, pas seulement ceux qui arrangent.
Hauts revenus : CEHR et CDHR
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR), c’est-à-dire une surtaxe pour les revenus très élevés, s’ajoute au barème classique. Elle vise les foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € pour un célibataire et 500 000 € pour un couple. Le taux est de 3 % entre ces seuils et 500 000 € / 1 M€, puis 4 % au-delà.
La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), introduite par la loi de finances 2025 et reconduite en 2026, garantit un taux d’imposition plancher de 20 % sur le revenu fiscal de référence pour les foyers au-delà des mêmes seuils de 250 000 € et 500 000 €. L’objectif affiché est de neutraliser les stratégies de défiscalisation agressives qui ramenaient certains très hauts revenus sous la barre des 10 % de taux effectif.
Comment réduire l’impact du barème
La logique de défiscalisation se lit toujours à travers la TMI. Deux profils, deux stratégies. Le gain dépend du taux marginal, pas du taux moyen.
TMI 11 % et 30 % : les leviers simples
Avec une TMI à 11 %, l’effort de défiscalisation rapporte peu : un versement déductible de 1 000 € fait gagner 110 € d’impôt. Les bons réflexes sont les crédits d’impôt qui jouent directement sur l’impôt dû et non sur l’assiette : emploi à domicile (50 %), garde d’enfant hors domicile (50 %), dons aux associations (66 % ou 75 %). Ces dispositifs ne dépendent pas de la TMI.
Avec une TMI à 30 %, les outils de déduction, c’est-à-dire qui réduisent le revenu imposable avant le barème, deviennent rentables. Le PER individuel permet de déduire jusqu’à 10 % des revenus professionnels avec un plafond annuel autour de 35 000 €. Le déficit foncier reste imputable sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an, porté à 21 400 € en cas de travaux de rénovation énergétique.
TMI 41 % et 45 % : optimisation avancée
Pour les tranches hautes, chaque euro déduit fait économiser 41 ou 45 centimes d’impôt. Les enveloppes deviennent stratégiques. PER plafonné au maximum, déficit foncier sur de l’immobilier ancien à rénover, Girardin industriel en outre-mer (avec son rendement one-shot mais son risque réel), souscription au capital de PME éligibles ouvrant droit à la réduction Madelin-IR-PME à 18 %.
Le plafonnement global des niches fiscales reste fixé à 10 000 € par an et par foyer, porté à 18 000 € avec le Girardin et les SOFICA. Au-delà, les avantages excédentaires sont perdus. Toute stratégie sérieuse en haute tranche s’arbitre dans ce cadre : empiler dix dispositifs à 10 % d’avantage ne dépassera pas les 10 000 € d’économie nette.
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Questions fréquentes
Le barème de l’impôt sur le revenu est-il le même partout en France ?
Le barème est national et unique : les cinq tranches s’appliquent à l’identique en métropole et en outre-mer. Les contribuables domiciliés dans les DOM bénéficient toutefois d’un abattement spécifique sur l’impôt brut (30 % plafonné à 2 450 € en Guadeloupe, Martinique, Réunion ; 40 % plafonné à 4 050 € en Guyane et Mayotte). L’abattement intervient après application du barème, pas avant.
Pourquoi le barème est-il revalorisé chaque année ?
Sans revalorisation, l’inflation ferait passer chaque année des contribuables dans une tranche supérieure sans que leur pouvoir d’achat ait progressé. C’est le mécanisme dit du gel de barème, qui équivaut à une hausse d’impôt invisible. La revalorisation annuelle, indexée sur l’inflation prévisionnelle, vise à neutraliser cet effet. En 2026, l’indexation de 0,9 % reste cependant inférieure à l’inflation 2025 réelle (autour de 1,8 %), ce qui crée une perte de pouvoir d’achat fiscal de fait.
Que change la flat tax par rapport au barème classique ?
La flat tax, ou prélèvement forfaitaire unique (PFU), applique un taux global fixe de 30 % aux revenus du capital (dividendes, intérêts, plus-values mobilières), prélèvements sociaux compris. Elle remplace la progressivité du barème par un taux unique. Vous pouvez opter pour le barème à la place du PFU, mais l’option est globale et vaut pour tous vos revenus du capital de l’année. L’arbitrage dépend de votre TMI : sous 30 %, le barème est souvent gagnant ; au-delà, le PFU l’emporte.
Le barème va-t-il changer en 2027 ?
La structure des cinq tranches existe depuis 2015 et n’a pas été remise en cause par la LF 2026. Chaque automne, le projet de loi de finances revalorise les seuils selon l’inflation, autour de 1 à 2 % les années récentes. Une réforme structurelle (fusion de tranches, intégration de la CSG, prélèvement à la source unifié) revient régulièrement dans le débat politique sans jamais aboutir. Pour 2027, attendez-vous à une nouvelle revalorisation marginale, pas à une refonte.
Comment savoir dans quelle tranche je suis sans faire tout le calcul ?
Prenez votre revenu net imposable annuel (ligne « revenu fiscal de référence » de votre avis, à corriger des revenus exonérés) et divisez-le par le nombre de parts de votre foyer. Comparez le résultat aux seuils du barème : sous 11 600 €, vous êtes en tranche 0 % ; entre 11 600 € et 29 579 €, en tranche 11 % ; et ainsi de suite. Votre TMI correspond à la tranche la plus haute atteinte. Votre avis d’imposition l’indique aussi directement en haut de la deuxième page.