Travaux déductibles en déficit foncier : la liste 2026

Un chantier à 40 000 € peut n’ouvrir aucun droit à déduction, quand une réfection de toiture à 12 000 € efface plusieurs milliers d’euros d’impôt. Le montant ne décide de rien. La qualification fiscale de chaque poste décide de tout.

L’administration ne classe pas les travaux selon leur coût ni selon leur utilité. Elle les range en trois catégories, dont deux ouvrent la déduction et une la referme. La frontière passe par le gros œuvre, la structure porteuse du bâtiment, et par la surface habitable.

Le mécanisme du déficit foncier joue quand vos charges dépassent vos loyers. Le solde négatif s’impute alors sur votre revenu global, dans la limite de 10 700 € par an. Cette limite monte à 21 400 € pour la rénovation énergétique d’une passoire thermique, un logement classé E, F ou G. La loi de finances pour 2026 a prorogé ce plafond majoré jusqu’au 31 décembre 2027.

Reste à savoir quelles dépenses entrent vraiment dans ce calcul. C’est là que se jouent la plupart des redressements.

Plafond standard
10 700 €
par an et par foyer fiscal
Plafond majoré
21 400 €
rénovation énergétique, jusqu’au 31/12/2027
Engagement
3 ans
de location nue après imputation
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Les trois catégories de travaux, et pourquoi tout se joue là

Le Code général des impôts ne publie aucune liste fermée de travaux déductibles. Il définit trois catégories par leur effet sur le bâtiment, et l’article 31 du CGI n’en autorise que deux en déduction. Tout le reste découle de ce tri.

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La règle en une phrase

Si les travaux remettent le logement en état ou lui apportent un confort moderne sans toucher à sa structure, ils sont déductibles. S’ils modifient le gros œuvre ou augmentent la surface habitable, ils ne le sont pas.

Réparation et entretien : remettre en état sans rien changer

La doctrine fiscale les définit comme les dépenses destinées à maintenir ou remettre l’immeuble en bon état, pour en permettre un usage normal. Condition posée par le BOFiP : ne pas modifier la consistance, l’agencement ou l’équipement initial du bien.

Le traitement d’une charpente contre les insectes xylophages entre dans cette catégorie. Le remplacement de tuiles, la remise en état d’une installation électrique vétuste ou la réparation d’une canalisation aussi. Le logement retrouve son état d’origine, rien de plus.

Un remplacement à l’identique reste une réparation, même quand le matériau neuf est plus performant que l’ancien. La nuance compte : changer une chaudière hors service par un modèle équivalent ne bascule pas en amélioration.

Amélioration : ajouter du confort sans toucher à la structure

L’amélioration apporte au logement un élément de confort nouveau, ou mieux adapté aux conditions modernes de vie. Elle n’affecte ni le volume ni la structure. Installation d’un chauffage central, d’un ascenseur, d’une salle d’eau, d’un digicode, isolation thermique : autant de dépenses admises.

Une restriction échappe à la plupart des bailleurs. Les dépenses d’amélioration ne sont déductibles que sur des locaux d’habitation. Sur un local professionnel ou commercial, l’amélioration est exclue, sauf deux exceptions prévues par l’article 31 du CGI.

Ces exceptions visent les travaux destinés à faciliter l’accueil des personnes handicapées et ceux qui protègent les locaux des effets de l’amiante. Sur un local commercial, la réparation et l’entretien restent en revanche déductibles sans condition particulière.

Construction, reconstruction, agrandissement : la catégorie qui ferme la porte

Le BOFiP retient trois marqueurs. Une modification importante du gros œuvre des locaux existants. Des travaux d’aménagement interne dont l’ampleur équivaut à une reconstruction. Ou un accroissement du volume et de la surface habitable.

Une restructuration complète après démolition intérieure, suivie de la création d’aménagements neufs, tombe dans cette catégorie. Le Conseil d’État l’a jugé dès 1980, notamment quand l’opération augmente le nombre de logements dans l’immeuble.

La charge de la preuve pèse sur le bailleur. La cour administrative d’appel de Bordeaux a requalifié en agrandissement la création d’une chambre et de deux salles de bains à l’étage d’une maison. Motif retenu : le propriétaire n’établissait pas que cet étage était habitable auparavant.

La liste des travaux déductibles, poste par poste

Aucune liste officielle n’est limitative. Le BOFiP publie des exemples, jamais un inventaire fermé. Ce qui suit correspond aux postes admis sans difficulté dans la pratique des contrôles.

Les postes qui passent sans discussion

Réfection de toiture et de zinguerie, ravalement de façade, mise aux normes de l’électricité et de la plomberie, remplacement d’une chaudière, pose de menuiseries à double vitrage, isolation des combles et des murs. Ces dépenses ne posent aucune difficulté de qualification.

Les diagnostics obligatoires, la réfection des sols, les peintures et le traitement des nuisibles suivent le même régime. La quote-part de travaux votés en copropriété se déduit également, l’année du versement des provisions au syndic, avec régularisation l’exercice suivant.

TravauxQualificationDéductible
Réfection de toiture à l’identiqueRéparationOui
Remplacement des fenêtres par du double vitrageAméliorationOui
Création d’une salle d’eau sans extensionAméliorationOui
Isolation des combles et des mursAméliorationOui
Surélévation, véranda, annexe neuveAgrandissementNon
Démolition intérieure puis aménagements neufsReconstructionNon
Meubles et électroménager libreAmeublementNon

Ce tableau couvre les cas simples. Les chantiers mixtes, où plusieurs catégories se croisent, relèvent d’une logique différente traitée plus bas.

Les charges connexes que presque personne ne déclare

Les honoraires d’architecte sont déductibles quand ils rémunèrent l’établissement et le contrôle des devis, la direction et la surveillance du chantier. Cette admission figure explicitement dans la doctrine, et beaucoup de bailleurs l’oublient au moment de rassembler leurs factures.

L’indemnité d’éviction versée à un locataire pour libérer les lieux se déduit aussi, dès lors qu’elle vise à relouer dans de meilleures conditions. Le Conseil d’État a précisé en 2005 que sa déductibilité ne dépend pas de celle des travaux qui suivent.

Les frais de relogement temporaire du locataire pendant le chantier sont admis sous conditions. Enfin, les dépenses se déduisent pour leur montant TVA comprise, sauf pour les bailleurs dont les loyers sont assujettis à la TVA.

Ce que le fisc refuse, et le piège des dépenses non dissociables

Les exclusions franches se repèrent facilement sur un devis. Le vrai risque vient d’ailleurs : une dépense déductible en soi peut être perdue parce qu’elle accompagne une opération qui ne l’est pas.

Les exclusions que rien ne rattrape

Agrandissement, surélévation, piscine, création de logements supplémentaires : hors du champ. Le mobilier et l’électroménager libre également, puisque le déficit foncier suppose une location nue, c’est-à-dire louée vide.

Un propriétaire qui reprend son bien au départ du locataire pour l’habiter ne déduit rien. La doctrine est nette sur ce point : l’exonération prévue à l’article 15 du CGI ferme la déduction, même quand les travaux réparent des dégradations laissées par le locataire.

Autre angle mort, coûteux : les travaux compris dans une vente d’immeuble à rénover. Ce contrat fait réaliser les travaux par le vendeur. Fiscalement, ils constituent un élément du prix d’acquisition, donc une dépense en capital jamais déductible des revenus fonciers.

Restent les dépenses locatives, celles qui incombent normalement au locataire. Elles ne sont pas déductibles, sauf trois cas : la vétusté ou la force majeure, les dépenses engagées pour faciliter la location, et les sommes récupérables restées impayées au départ du locataire.

La règle des travaux dissociables

C’est la mécanique la plus mal comprise du dispositif. Une dépense d’amélioration non dissociable de travaux de construction, reconstruction ou agrandissement n’est pas déductible. Même sort pour une réparation qui ne constitue que l’accessoire d’une telle opération.

Concrètement : vous surélevez une maison et vous refaites l’électricité de l’ensemble dans la foulée. Si la réfection électrique découle techniquement de la surélévation, elle tombe avec elle. La qualité intrinsèque du poste ne le sauve pas.

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Découper une facture en lignes distinctes ne suffit pas. L’administration apprécie la dissociabilité technique du chantier, pas sa présentation comptable. Des lots séparés, des entreprises différentes et un échelonnement réel pèsent plus lourd qu’un devis bien rédigé.

Le piège de la facture découpée

L’inverse est vrai, et c’est là que se situe la marge de manœuvre. Des travaux dissociables, exécutables indépendamment les uns des autres, conservent chacun leur régime propre. Cadrer cette séparation en amont avec l’architecte vaut mieux que la plaider après un contrôle.

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Les conditions de déduction que les bailleurs négligent

Une dépense correctement qualifiée peut encore être rejetée sur la forme. Trois conditions concentrent l’essentiel des rectifications : la date de paiement, le régime de location et la preuve.

Payer avant le 31 décembre, pas seulement commander

La déduction suit l’année du paiement effectif, pas celle du devis ni celle de la facture. Un chantier commandé en novembre et réglé en janvier bascule sur l’exercice suivant, avec un décalage d’un an sur l’économie d’impôt.

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Le levier de l’acompte

Un acompte versé avant le 31 décembre se déduit l’année du versement, même si les travaux ne sont exécutés que l’année suivante. Le Conseil d’État l’a confirmé en 2000. C’est le seul outil de pilotage réel du déficit sur deux exercices.

Cet arbitrage se prépare en octobre, pas le 28 décembre. Il suppose une visibilité sur votre revenu global de l’année et sur le plafond déjà consommé.

Louer nu, au réel, et tenir trois ans

Le régime réel est obligatoire au-delà de 15 000 € de revenus fonciers bruts. En deçà, il s’exerce sur option irrévocable pendant trois ans. Le micro-foncier ne produit jamais de déficit : son abattement forfaitaire de 30 % remplace toute charge réelle.

Le logement doit rester loué jusqu’au 31 décembre de la troisième année qui suit l’imputation. Une vente ou une reprise anticipée déclenche la remise en cause du déficit imputé sur le revenu global.

Le déficit foncier en SCI soumise à l’impôt sur le revenu obéit à la même logique. Le déficit remonte aux associés au prorata de leurs parts, et le plafond s’apprécie sur la déclaration personnelle de chacun, pas au niveau de la société.

Prouver, ligne 224 et pièces à l’appui

La facture doit porter votre nom, l’adresse du bien et la nature détaillée des interventions. Le BOFiP admet aussi les plans et les photographies comme justificatifs, et l’administration peut demander une visite sur place en cas de doute.

Les travaux se reportent en ligne 224 de la déclaration 2044, celle des dépenses de réparation, d’entretien et d’amélioration. Les intérêts d’emprunt vont en ligne 250, dans une case distincte, pour une raison développée plus bas.

Un point sur les aides, souvent traité à l’envers. Une subvention MaPrimeRénov’ ou Anah ne se soustrait pas du montant des travaux. Les travaux restent déductibles en totalité, et l’aide se déclare comme une recette imposable en ligne 213.

Ce que vous déduisez vraiment : plafonds, imputation, report

Le déficit foncier est une déduction, pas une réduction d’impôt. Il retire une somme de votre revenu imposable, il ne l’efface pas de l’impôt dû. Le gain dépend donc de votre TMI, le taux qui frappe votre dernière tranche de revenus, majoré des prélèvements sociaux à 17,2 % sur la part foncière. Le calcul du déficit foncier obéit ensuite à un ordre précis.

10 700 €, et ce que ce chiffre recouvre vraiment

La limite est annuelle, globale et appréciée par foyer fiscal, tous immeubles confondus. Aucun prorata en cas d’acquisition en cours d’année. Elle monte à 15 300 € pour les logements sous amortissement Périssol ou dispositif Cosse.

Une règle d’ordre décide ensuite du montant imputable. Le revenu brut compense d’abord les intérêts d’emprunt, jamais l’inverse. Sur un exemple du BOFiP : 1 500 € de loyers, 2 900 € d’autres charges et 2 100 € d’intérêts produisent un déficit de 3 500 €.

Ce déficit se décompose en 2 900 € imputables sur le revenu global et 600 € issus des intérêts, cantonnés aux revenus fonciers. Le plafond de 10 700 € et ses règles d’imputation ne s’appliquent qu’à la première fraction.

21 400 €, sous conditions et à concurrence

Le texte n’accorde pas un plafond doublé d’office. Sur option, la limite est rehaussée à concurrence du montant des travaux de rénovation énergétique, sans pouvoir dépasser 21 400 €. La différence est loin d’être théorique.

Un chantier de 30 000 € dont 6 000 € relèvent de la rénovation énergétique ouvre un plafond de 16 700 €, pas de 21 400 €. Le reste bascule en report.

RÉGIME DE DROIT COMMUN
Plafond 10 700 €
  • Tous travaux d’entretien, réparation, amélioration
  • Aucune condition de performance énergétique
  • Permanent, aucune date d’extinction
  • Excédent bloqué sur les revenus fonciers
★ PLUS PUISSANT
Plafond majoré 21 400 €
  • DPE E, F ou G avant travaux, D minimum après
  • Rehaussement limité aux dépenses énergétiques
  • Dépenses payées jusqu’au 31 décembre 2027
  • Deux DPE à produire et à conserver

Le déficit foncier majoré à 21 400 € suppose donc une comptabilité analytique du chantier, poste par poste, dès la phase de devis.

Six ans, dix ans : deux reports que tout le monde confond

La fraction du déficit qui dépasse le plafond, ainsi que celle provenant des intérêts d’emprunt, se reporte sur dix ans. Elle ne s’impute alors que sur des revenus fonciers, jamais sur un salaire.

Autre situation, autre durée. Si votre revenu global est trop faible pour absorber les 10 700 € imputables, il se forme un déficit global. Celui-ci se reporte sur les revenus globaux des six années suivantes.

Confondre ces deux mécanismes conduit à surestimer le gain d’une opération. Le report du déficit sur dix ans n’a de valeur que si des loyers imposables viennent l’absorber, ce qui suppose un patrimoine locatif déjà constitué.

★ BILAN PERSONNALISÉ
Vos travaux valent-ils 10 700 € ou 21 400 € ?

Le plafond applicable dépend du DPE et de la nature exacte de chaque poste.

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Questions fréquentes

Une cuisine équipée est-elle déductible en déficit foncier ?

Une cuisine équipée est-elle déductible en déficit foncier ?

Les éléments fixes, scellés ou encastrés dans le bâti, relèvent de l’amélioration et se déduisent. Les appareils libres et le mobilier non fixé restent de l’ameublement, exclu par nature d’une location nue. La frontière se plaide au cas par cas, donc une facture qui distingue la pose et le matériel encastré des appareils mobiles sécurise la déduction.

Peut-on déduire des travaux réalisés soi-même ?

Peut-on déduire des travaux réalisés soi-même ?

Les matériaux achetés par le propriétaire se déduisent sur facture nominative. La main-d’œuvre personnelle ne vaut rien fiscalement, puisqu’elle ne correspond à aucune dépense décaissée. L’administration se montre restrictive sur ce point et vérifie la cohérence entre les quantités achetées et la nature du chantier déclaré.

Les travaux payés avant la première mise en location sont-ils déductibles ?

Les travaux payés avant la première mise en location sont-ils déductibles ?

Oui, à condition que l’intention de louer soit établie et que le bien soit effectivement mis en location nue ensuite. Le principe posé par l’article 13 du CGI exige une dépense engagée en vue de l’acquisition ou de la conservation du revenu. Conservez les annonces, les mandats de gestion et le bail signé comme faisceau de preuves.

Le déficit foncier entre-t-il dans le plafonnement des niches fiscales ?

Le déficit foncier entre-t-il dans le plafonnement des niches fiscales ?

Non. Le plafonnement global de 10 000 € par an vise les réductions et crédits d’impôt. Le déficit foncier agit en amont, sur l’assiette imposable, ce qui le place hors de ce plafond. Il se cumule donc avec un Denormandie, un Malraux ou un Loc’Avantages sans réduire leur avantage propre.

Que se passe-t-il si je vends le bien avant trois ans ?

Que se passe-t-il si je vends le bien avant trois ans ?

L’imputation sur le revenu global est remise en cause. Le revenu des années concernées est reconstitué sans la déduction, et l’impôt recalculé en conséquence. Le CGI prévoit des exceptions limitées : invalidité, licenciement, décès du contribuable ou de son conjoint. Une vente pour convenance personnelle n’en fait pas partie.

Les informations présentées sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé. Consultez un professionnel avant tout investissement.