Expatriation Portugal : la nouvelle fiscalité 2026

Le Portugal a longtemps figuré en tête des destinations d’expatriation fiscale des Français. Climat doux, coût de la vie raisonnable, et surtout un régime fiscal extraordinairement généreux pour les retraités. Cette époque est terminée.

Le statut de résident non habituel (RNH), qui exonérait pendant dix ans la quasi-totalité des revenus étrangers, a fermé ses portes au 31 mars 2025. Son remplaçant, l’IFICI, ne concerne plus qu’une poignée de profils très qualifiés. En 2026, un retraité français qui s’installe au Portugal paie désormais plus d’impôts qu’en restant chez lui.

Cette page fait le point sur la nouvelle donne fiscale portugaise pour les Français en 2026 : convention franco-portugaise, IFICI, fiscalité des pensions, exit tax, démarches concrètes. Avec les chiffres réels du barème 2026, sans angle commercial ni discours de cabinet.

Fin du RNH
31 mars 2025
date de clôture définitive
Barème IRS
12,5 à 48 %
9 tranches en 2026
Exit tax
800 000 €
seuil de déclenchement
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Le Portugal en 2026 : la fin d’un mythe fiscal pour les Français

Pendant 15 ans, le Portugal a fait figure d’exception en Europe. Le régime RNH attirait massivement les retraités français, les indépendants et les actifs en mobilité internationale. Le gouvernement portugais y a mis fin sous la pression de Bruxelles et de plusieurs capitales européennes. Ce qui reste n’a plus grand-chose à voir avec l’image d’origine.

Ce qui a changé entre 2023 et 2025

Le RNH (Résident Non Habituel) a été officiellement supprimé en octobre 2023 par la loi de finances portugaise. Une période transitoire a permis aux dossiers déjà engagés d’être finalisés. Cette fenêtre s’est définitivement refermée le 31 mars 2025.

Sous l’ancien régime, un retraité français bénéficiait d’une exonération totale de ses pensions privées pendant 10 ans (statut accordé avant 2020), ou d’un taux flat de 10 % (statut accordé entre 2020 et 2023). Le tout sur un dispositif valable une décennie complète, sans condition de revenus.

En 2026, plus rien de tout cela pour les nouveaux arrivants. Les pensions sont taxées au barème portugais standard, qui monte rapidement. La Commission européenne considérait depuis longtemps ce régime comme une concurrence fiscale agressive. Bruxelles, Berlin et Paris avaient demandé sa fin. Lisbonne a obtempéré.

Le statut transitoire RNH 2020-2023 reste valable pour ceux qui y sont déjà inscrits, jusqu’au terme des dix années initialement accordées. Les autres doivent composer avec la fiscalité de droit commun.

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Méfiance avec les sources anciennes

Un projet préparé sur des informations de 2022 ne tient plus en 2026. Les sites en ligne qui annoncent encore un taux de 10 % sur les pensions ou une exonération de 10 ans décrivent un régime fermé. Vérifiez systématiquement la date de publication des sources.

Qui peut encore tirer un avantage du Portugal aujourd’hui

Trois profils restent gagnants en 2026. D’abord les chercheurs et professions scientifiques qui rentrent dans le périmètre IFICI, avec un taux flat de 20 % sur leur activité portugaise. Ensuite les entrepreneurs qui structurent leur activité à Madère, où le Centre d’affaires international maintient un impôt sur les sociétés à 5 % jusqu’à fin 2026 pour les licences, fin 2028 pour les incitations.

Le troisième profil concerne les détenteurs de plus-values mobilières non récurrentes. La convention France-Portugal donne au Portugal le droit exclusif sur les plus-values de cession de titres, dont la fiscalité reste favorable au taux de 28 %.

À l’inverse, les retraités français standards et les indépendants généralistes y perdent désormais. Un couple de retraités avec 40 000 € annuels de pension paye autour de 5 500 à 7 000 € d’IRS au Portugal, contre 3 000 à 4 500 € en France pour le même revenu. La géographie fiscale s’est inversée pour ce profil.

Devenir résident fiscal portugais : règle des 183 jours et convention de 1971

S’installer au Portugal ne change pas votre fiscalité par magie. Il faut basculer formellement votre résidence fiscale, ce qui obéit à des règles précises. La France et le Portugal sont liés par une convention fiscale ancienne, signée à Paris le 14 janvier 1971 et modifiée par avenant en 2017, qui répartit le droit d’imposer chaque type de revenu entre les deux pays.

Les critères qui font basculer votre résidence fiscale

La règle de base est simple : 183 jours par an passés au Portugal suffisent à devenir résident fiscal portugais. Le décompte se fait sur année civile (1ᵉʳ janvier au 31 décembre), et tout jour passé sur le sol portugais compte, même partiellement.

Deuxième critère, alternatif : disposer d’un foyer permanent au Portugal, c’est-à-dire un logement à votre disposition de manière habituelle. Un Français qui possède une maison à Cascais ou Lagos et y séjourne régulièrement, même moins de 183 jours, peut être considéré comme résident fiscal portugais au sens portugais (plus souple que la définition française).

Le piège classique : être considéré comme résident fiscal dans les deux pays simultanément. La convention règle ce conflit avec une série de critères de départage : foyer permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité. Pour les Français, c’est souvent le centre des intérêts vitaux qui tranche : famille, comptes bancaires, activité économique principale. Pour le détail des règles de la résidence fiscale française, qui s’appliquent en miroir côté français, voir notre fiche dédiée.

Ce que la convention France-Portugal répartit entre les deux pays

La convention de 1971, modifiée par avenant en 2017, distingue le pays d’origine du revenu et le pays de résidence du contribuable. Pour chaque catégorie de revenus, elle désigne un seul des deux pays comme compétent pour imposer. L’autre accorde un crédit d’impôt pour éviter la double taxation.

Quatre cas dominent en pratique. Les pensions privées (régime général, complémentaires Agirc-Arrco, retraite des indépendants) sont imposées au Portugal, pays de résidence. Les pensions publiques (fonctionnaires d’État, militaires, enseignants) restent imposées en France, État verseur. Les revenus fonciers d’un bien situé en France restent imposés en France. Et les plus-values mobilières (cession d’actions ou parts) basculent au Portugal, sauf cas particuliers liés à l’exit tax.

Sans cette répartition, vous seriez taxé deux fois sur le même revenu. L’activation pratique de la convention passe par un formulaire spécifique côté portugais, le Modèle 21-RFI, à transmettre une fois pour toutes à chaque payeur français.

L’IFICI (ex-NHR) : qui peut encore en bénéficier en 2026 ?

Le successeur du RNH s’appelle IFICI : Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação, soit incitation fiscale à la recherche scientifique et à l’innovation. Le nom n’est pas anodin. Là où le RNH visait largement les profils internationaux, l’IFICI cible désormais une poignée de métiers jugés stratégiques pour l’économie portugaise.

Les conditions strictes du régime

Trois filtres se cumulent pour entrer dans le dispositif. Premier filtre, ne pas avoir été résident fiscal portugais au cours des cinq années précédant la demande. Pour un dossier déposé en 2026, aucune résidence portugaise entre 2021 et 2025.

Deuxième filtre, exercer une activité éligible. Le décret portugais liste les profils visés : enseignants-chercheurs du supérieur, postes en R&D dans des organismes publics ou agréés, professions hautement qualifiées dans des entreprises certifiées (typiquement la tech, l’ingénierie, certaines fonctions scientifiques). Les retraités, les freelances généralistes, les consultants indépendants standards sont exclus.

Troisième filtre, prouver une substance économique au Portugal : un véritable poste, un véritable employeur établi sur place, ou une activité réelle. Le télétravail pour un employeur français sans présence portugaise ne suffit pas. Comparé au régime des impatriés français, qui fonctionne en miroir pour les étrangers s’installant en France, l’IFICI est nettement plus exigeant sur la nature des fonctions occupées.

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Le critère pratique de l’employeur

Si vous êtes salarié d’une entreprise tech française qui ouvre une filiale à Lisbonne, vous pouvez basculer en IFICI dès la première année. Si vous restez en télétravail pour le même employeur sans présence portugaise, le statut vous est refusé. C’est la principale ligne de partage en pratique.

Les avantages fiscaux concrets sur dix ans

Une fois éligible, le bénéficiaire IFICI obtient deux avantages pendant 10 années consécutives. Le premier, un taux forfaitaire de 20 % sur les revenus d’activité de source portugaise (salaires et revenus indépendants). C’est l’unique vestige du RNH, dans sa déclinaison la plus avantageuse.

Le second avantage est plus subtil : l’exonération de la quasi-totalité des revenus de source étrangère. Dividendes, intérêts, royalties, plus-values mobilières, revenus locatifs étrangers passent à 0 % au Portugal, sous réserve qu’ils soient imposables dans leur État d’origine selon la convention applicable.

Le grand absent du dispositif, ce sont les pensions de retraite, exclues par construction. Un retraité éligible IFICI ne tire aucun avantage du régime sur sa pension. C’est le point de rupture majeur avec l’ancien RNH, et la principale raison pour laquelle le Portugal a perdu son attrait pour les seniors français.

Le statut s’éteint au bout de dix ans. Après, le contribuable bascule au barème IRS de droit commun, qui peut être lourd. Mieux vaut anticiper cette sortie dès la quatrième ou cinquième année.

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La fiscalité des pensions : pourquoi la retraite au Portugal coûte plus cher

C’est ici que la donne a le plus changé. Pendant 15 ans, le Portugal s’est construit une image de paradis fiscal pour retraités français. La fin du RNH a effacé cet avantage. Les pensions privées tombent désormais dans le barème IRS standard, et l’IFICI ne les couvre pas.

Pension privée : barème IRS et déduction spécifique

L’IRS, l’impôt sur le revenu portugais, applique en 2026 un barème progressif à 9 tranches, allant de 12,5 % sur la première tranche à 48 % au-delà de 83 696 € annuels. Les seuils ont été relevés de 3,51 % en 2026 pour tenir compte de l’inflation.

Avant application du barème, deux abattements jouent. Premier abattement, la déduction spécifique pensão : un montant fixe correspondant à 8,54 fois l’IAS, l’indice social portugais de référence, soit autour de 4 587 € pour les revenus 2025. Cet abattement vient en déduction de la pension brute avant calcul de l’impôt.

Second mécanisme à anticiper, la taxa adicional de solidariedade, une surtaxe portugaise qui s’ajoute au barème principal au-delà de 80 000 € de revenu imposable, montant à 5 % au-delà de 250 000 €. Pour un couple de retraités français touchant 40 000 € de pensions privées, l’IRS portugais sort généralement entre 5 500 € et 7 000 €, contre 3 000 à 4 500 € en France. Soit autour de 4 000 € de plus par an pour s’installer au Portugal.

★ MOINS LOURD
Couple retraités en France (40 k€)
  • Abattement de 10 % automatique sur les pensions
  • Quotient familial : 2 parts par défaut
  • IR estimé : 3 000 à 4 500 € selon foyer
OPTION B
Couple retraités au Portugal (40 k€)
  • Déduction pensão : 4 587 € par déclarant
  • Barème IRS 9 tranches, jusqu’à 48 %
  • IRS estimé : 5 500 à 7 000 €

Pension publique de fonctionnaire : la France garde la main

L’article 19 de la convention de 1971 réserve à l’État qui verse une pension publique le droit exclusif de l’imposer. Concrètement, un fonctionnaire français retraité (enseignant, militaire, agent territorial) qui s’installe au Portugal continue de payer son impôt sur la retraite en France, au barème français de l’impôt sur le revenu.

Le Portugal n’en perçoit rien, mais cette pension entre quand même dans le calcul du taux moyen d’imposition portugais appliqué à d’éventuels autres revenus du contribuable. Mécanisme dit du taux effectif : votre pension publique française ne paye pas d’IRS, mais elle peut faire monter le taux qui s’applique à d’autres revenus déclarés au Portugal (loyers, dividendes, plus-values).

Pour les retraités qui cherchent une fiscalité plus douce sur leurs pensions, certains se tournent maintenant vers la fiscalité andorrane, qui maintient un barème global plafonné à 10 %. Le coût d’installation et les conditions de résidence y sont en revanche bien plus contraignants qu’au Portugal, et l’Andorre n’est pas membre de l’Union européenne.

Patrimoine, loyers et plus-values : ce que prévoit la convention

Le patrimoine d’un Français qui s’expatrie reste majoritairement situé en France : immeubles locatifs, comptes-titres, assurance-vie, parts de SCI. Devenir résident fiscal portugais ne fait pas disparaître la fiscalité française sur ces biens. Elle se transforme, parfois s’allège, mais une partie reste due en France.

Loyers d’un bien immobilier français

L’article 6 de la convention de 1971 attribue à la France le droit d’imposer les revenus locatifs d’un bien situé sur le territoire français. Pas d’option, pas de dérogation : ces loyers restent imposés en France, même quand le bailleur réside au Portugal.

Le contribuable bascule alors sous le statut de non-résident fiscal français. Concrètement, un taux minimum d’imposition de 20 % s’applique sur les revenus de source française, porté à 30 % au-delà de 28 797 €. Le redevable peut opter pour le taux moyen s’il est plus favorable, en déclarant l’ensemble de ses revenus mondiaux à titre indicatif.

Côté portugais, ces mêmes loyers sont déclarés à l’IRS, mais ouvrent droit à un crédit d’impôt correspondant à l’impôt déjà payé en France. Si l’impôt français est supérieur à ce que le Portugal aurait demandé, le crédit ne donne pas droit à un remboursement : il neutralise simplement l’imposition portugaise.

Plus-values mobilières, dividendes et assurance-vie

Les plus-values de cession de titres (actions, parts de SARL ou SAS, ETF, parts d’OPCVM) basculent au Portugal pour un résident portugais. La fiscalité portugaise les soumet à un taux flat de 28 %, avec option pour le barème progressif si plus avantageux. La France ne taxe plus ces plus-values, sauf rares exceptions liées à des participations substantielles relevant de l’exit tax.

Les dividendes d’une société française versés à un résident portugais font l’objet d’une retenue à la source en France de 12,8 % (taux conventionnel), puis sont déclarés au Portugal qui applique sa propre fiscalité avec crédit d’impôt pour neutraliser la double imposition.

L’assurance-vie française reste un cas spécifique. Tant que le contrat n’est pas racheté, aucune imposition ne se déclenche. Au rachat partiel ou total, les produits sont normalement imposables au Portugal selon les règles de l’IRS, sauf application du régime de faveur prévu par la convention. Pour les patrimoines élevés, l’impôt sur la fortune immobilière français reste dû sur les seuls biens immobiliers situés en France, au-delà du seuil de 1,3 M€. Côté portugais, pas d’ISF général, mais l’AIMI joue un rôle proche au-delà de 600 000 € de valeur patrimoniale immobilière portugaise.

L’exit tax et les pièges fiscaux du départ

Un dispositif spécifique se déclenche au moment où vous transférez votre résidence fiscale hors de France : l’exit tax (article 167 bis du CGI). Conçue pour empêcher les dirigeants de céder leurs titres à l’étranger en échappant à l’impôt français, elle concerne aujourd’hui un public plus large qu’on ne l’imagine.

Quand l’exit tax se déclenche

Trois conditions cumulatives. Premièrement, avoir été résident fiscal français au moins 6 années sur les 10 dernières. Deuxièmement, détenir au moment du départ des droits sociaux (actions, parts de société) d’une valeur supérieure à 800 000 €, ou représentant plus de 50 % du capital d’une société. Troisièmement, transférer effectivement votre résidence fiscale hors de France.

Quand les trois critères sont réunis, l’administration calcule une plus-value latente sur vos titres au moment du départ. C’est la différence entre leur valeur à la date du transfert et leur prix d’acquisition, comme si vous aviez vendu vos titres le jour même. Cette plus-value théorique est imposée au prélèvement forfaitaire unique au taux global de 30 % (12,8 % d’impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux).

Le dispositif vise principalement les dirigeants et fondateurs d’entreprise. Un retraité qui détient uniquement un PEA et un compte-titres ordinaire en dessous de 800 000 € n’est pas concerné. Un dirigeant qui part au Portugal avec sa SAS valorisée plusieurs millions d’euros, oui.

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Le PLF 2026 a tenté de durcir le régime

Le projet de loi de finances 2026 envisageait d’allonger la période de patience nécessaire avant exonération définitive. L’amendement Tanguy I-807 a été écarté lors des débats parlementaires. Les délais actuels de 2 et 5 ans sont donc maintenus pour les départs réalisés à compter du 1ᵉʳ janvier 2026.

Sursis de paiement et dégrèvement au bout de 2 ou 5 ans

L’exit tax peut sembler dissuasive sur le papier. En pratique, deux mécanismes l’allègent fortement pour un départ vers le Portugal.

Premier mécanisme, le sursis de paiement automatique. Pour tout transfert vers un État de l’UE, de l’EEE (Islande, Norvège, Liechtenstein) ou la Suisse, le paiement de l’exit tax est suspendu jusqu’à la vente effective des titres. Sans intérêts, sans garantie à fournir, sans démarche complexe. Le contribuable déclare via le formulaire 2074-ETD, mais ne paye rien au moment du départ.

Second mécanisme, le dégrèvement définitif au bout d’un certain délai. Si vous conservez vos titres pendant 2 ans après le départ (titres inférieurs à 800 000 €) ou 5 ans (titres supérieurs à 800 000 €) sans les céder, l’exit tax est annulée. C’est la stratégie classique pour transformer une exit tax théorique en zéro réel : partir au Portugal, attendre la durée requise, puis céder.

À côté de l’exit tax, deux autres pièges à anticiper. Les prélèvements sociaux de 17,2 % qui restent dus sur certains revenus français de source patrimoniale. Et le prélèvement de solidarité de 7,5 %, qui s’applique aux non-résidents UE même quand la CSG/CRDS proprement dite est exonérée.

Démarches concrètes pour s’installer au Portugal

Pour un Français, s’installer au Portugal est plus simple qu’on ne l’imagine. Aucun visa requis (vous êtes citoyen UE), pas de carte de séjour à demander dans une ambassade. L’essentiel des démarches se fait sur place, dans un ordre précis qui conditionne le bon fonctionnement de votre nouvelle résidence fiscale.

NIF, CRUE et inscription en mairie portugaise

Premier numéro à obtenir, le NIF (Número de Identificação Fiscal). C’est l’équivalent portugais du numéro fiscal français. Il s’obtient gratuitement dans un service des Finances (Repartição de Finanças) ou auprès d’un représentant fiscal pour ceux qui n’ont pas encore d’adresse portugaise. Le NIF est indispensable pour ouvrir un compte bancaire, signer un bail, acheter un bien immobilier ou simplement s’abonner à internet.

Au bout de trois mois de séjour effectif, l’inscription au CRUE (Certificado de Registo de Cidadão da União Europeia) devient obligatoire. Cette démarche se fait à la Câmara Municipal (mairie) du lieu de résidence. Pour un Français, c’est l’équivalent d’un récépissé de séjour permanent au sein de l’UE. Le CRUE est valable cinq ans, renouvelable, et donne accès à terme à la résidence permanente (après 5 ans) puis à la nationalité portugaise (après 5 ans actuellement, possiblement 10 dans un futur proche selon une réforme en discussion).

Aucune des deux démarches ne requiert d’avocat ou de notaire. Mieux vaut maîtriser quelques rudiments de portugais ou se faire accompagner par un compatriote installé. Beaucoup de communes de l’Algarve ou de Lisbonne disposent d’un guichet unique qui traite NIF, NISS (sécurité sociale) et Numéro Utente (système de santé) en une seule démarche depuis mars 2025.

La déclaration IRS et le formulaire Modèle 21-RFI

La première année de résidence portugaise est délicate. Vous restez résident fiscal français jusqu’au jour du transfert, puis résident portugais ensuite. Deux déclarations sont donc à produire : une 2042 française pour la période française, une IRS portugaise pour la période portugaise.

La déclaration IRS portugaise se fait du 1ᵉʳ avril au 30 juin de l’année suivant les revenus. Elle s’effectue en ligne sur le Portal das Finanças, via le système d’IRS Automatique pour les profils simples (pré-rempli par l’administration) ou via le Modèle 3 classique pour les autres cas.

Étape clé pour les retraités, le Modèle 21-RFI. Ce formulaire portugais sert à activer la convention France-Portugal et à éviter la double retenue à la source sur les pensions publiques françaises ou certains revenus de capitaux. Il doit être rempli, signé, puis transmis à la caisse de retraite française ou à l’établissement payeur français, qui ajustera alors ses retenues. Sans ce document, vous subissez parfois une retenue à la source en France et une imposition au Portugal, à régulariser ensuite, parfois des années plus tard.

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Questions fréquentes

Un Français a-t-il besoin d’un visa pour s’installer au Portugal ?

Non. Les Français sont citoyens de l’Union européenne et bénéficient de la libre circulation. Les visas D7 (revenus passifs) et D8 (nomade numérique) sont réservés aux ressortissants hors UE, EEE et Suisse. Un Français peut s’installer au Portugal sans formalité préalable et obtenir le CRUE après trois mois de séjour effectif. Méfiez-vous des sites qui présentent le D7 comme la voie d’entrée standard : ils s’adressent à un public américain, brésilien ou britannique post-Brexit, pas aux Français.

Peut-on encore bénéficier de l’ancien régime RNH en 2026 ?

Oui, mais dans deux cas seulement. Premier cas, vous avez obtenu le statut RNH avant le 31 mars 2025 : vous le conservez jusqu’au terme des 10 années, dans les conditions du régime en vigueur à votre entrée (exonération si avant 2020, taux flat 10 % si entre 2020 et 2023). Second cas, vous aviez engagé des démarches concrètes avant fin 2023 (bail signé, achat immobilier, inscription scolaire des enfants, dépôt de demande de résidence) : une clause de grandfathering pouvait permettre l’application du RNH transitoire jusqu’à mars 2025. Pour les nouveaux arrivants 2026, le RNH n’est plus accessible sous aucune forme.

L’IFI français reste-t-il dû quand on devient résident portugais ?

Oui, mais sur un périmètre restreint. Pour un résident fiscal français, l’IFI porte sur l’intégralité du patrimoine immobilier mondial au-delà de 1,3 million d’euros. Pour un résident fiscal portugais, l’IFI français ne s’applique plus qu’aux biens immobiliers situés en France (immeubles, parts de SCI à prépondérance immobilière, foncier français). Le patrimoine immobilier détenu à Lisbonne, Porto ou en Algarve sort du champ de l’IFI français. Côté portugais, pas d’impôt sur la fortune global, mais l’AIMI (Adicional ao IMI) joue un rôle similaire à partir de 600 000 € de valeur patrimoniale immobilière au Portugal (1,2 M€ pour un couple en imposition conjointe).

Doit-on déclarer ses comptes bancaires français au Portugal ?

Oui. Tout résident fiscal portugais doit déclarer ses comptes bancaires détenus à l’étranger lors de la déclaration IRS annuelle, ainsi que les valeurs mobilières détenues sur ces comptes. La France échange automatiquement les informations bancaires avec le Portugal dans le cadre de la norme commune de déclaration de l’OCDE (CRS). Conserver un compte en France pour percevoir une pension ou gérer un bien locatif est légal et fréquent, à condition de le déclarer correctement des deux côtés.

Comment éviter une double imposition en pratique ?

En remplissant correctement le Modèle 21-RFI auprès de chaque payeur français concerné (caisse de retraite, banque, employeur). Ce formulaire active la convention de 1971 et redirige l’imposition vers le pays compétent. Vérifiez ensuite chaque année la cohérence entre votre déclaration française (2042-NR si non-résident) et votre déclaration portugaise IRS. En cas de doute ou de revenu inhabituel (vente d’une entreprise, succession, plus-value importante), une consultation avec un fiscaliste rompu aux deux systèmes vous évitera des régularisations longues et coûteuses des années plus tard.

Les informations présentées sont fournies à titre indicatif et reflètent la fiscalité applicable au 1ᵉʳ janvier 2026. Elles ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé. Avant tout projet d’expatriation, consultez un avocat fiscaliste ou un conseil en gestion de patrimoine familier des conventions franco-portugaises.